Du 12 au 28 avril 2019 - entrée libre tous les jours de 16h à 19h - vernissage vendredi 12 avril 18h30

sculptures de verre

Du 12 au 28 avril entrée libre tous les jours de 16h à 19h
Vernissage vendredi 12 avril à 18h30 ouvert à toutes et tous

Magistral sculpteur de verre, Yan Zoritchak nous en offre une vision très puissante, lui qui dans ses œuvres capture depuis des décennies les jeux de lumière infinis du cosmos.

Commissaire d’exposition André Liatard

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QUAND ZORITCHAK ATTEND GODOT… Présenté par Paul Emond, auteur de théâtre et romancier

Après la pièce de Samuel Beckett, peut-être la plus importante du théâtre du XX° siècle, quelle autre version oser encore présenter de l’interminable attente d’un Godot dont nous ignorons s’il existe vraiment, qui il est et ce qu’il représente ? Cette attente dont nous pressentons combien elle désigne quelque chose de fondamental pour la condition humaine ?

Car ne l’avons-nous pas attendu depuis que l’homme existe ? Et aujourd’hui ne sommes-nous pas toujours dans cette même attente ? Peu importe ce qu’on l’on désignera sous ce nom, rédemption, bonheur, accomplissement d’un idéal, triomphe d’une idéologie ou solution à ceci ou cela, l’aspiration est la même, le vide à combler est lancinant.

Il n’y avait sans doute qu’un grand artiste, pratiquant un art tout différent de celui de Beckett, qui pouvait se risquer à reprendre un tel sujet. Magistral sculpteur de verre, Yan Zoritchak nous en offre une vision très puissante, lui qui dans ses œuvres capture depuis des décennies les jeux de lumière infinis du cosmos.
Le voici à présent qui s’est projeté tout là-haut sur Sirius, le lieu d’observation où Voltaire faisait habiter un personnage dont le point de vue englobait la terre dans sa totalité.

Et après avoir accroché dans le ciel son regard surplombant, il a entouré notre planète d’un collier d’astres brillants – quelques-unes parmi ses plus belles sculpture abstraites – et nous la montre, à son tour, cette attente de Godot…

Mais il ne s’agit plus cette fois de Vladimir et d’Estragon, les deux clochards de l’écrivain. C’est à des gens de notoriété que renvoient les étonnantes silhouettes de verre disposées ici. Une curieuse brochette de dirigeants : Kohl et Mitterand, chefs d’État européens, en compagnie de Pol Pot et Amin Dada, deux des plus horribles jojos qu’ait produits le vingtième siècle – le tout suggérant une image du pouvoir aussi ambiguë que peu joyeuse ; Confucius, un des plus anciens penseurs de l’humanité ; Léonard de Vinci, le célèbre peintre de la Renaissance et inventeur ; Andrew Cernan, l’astronaute américain issu d’une famille d’origine slovaque et, jusqu’aujourd’hui, le dernier homme à avoir marché sur la lune ; et Rosa Parks, seule femme du groupe, célèbre pour avoir refusé, en 1955, de céder sa place à un blanc dans un bus d’Alabama. Une galerie représentant l’humanité tout entière, d’Est en Ouest, de l’antiquité à nos jours…

Les quatre derniers auront-ils plus de poids que les quatre gouvernants à la face de l’univers ? Nul ne le sait. Croisez, en tout cas, dans cette équation que nous propose Yan Zoritchak, les aspirations de chacun et vous obtiendrez une image de l’homme dans toute sa splendeur, son horreur, sa singularité. Il est rare qu’une œuvre d’art, et c’est ce qui fait sa puissance et sa grandeur, offre pareil contraste.

Sans compter la grande beauté qui se dégage de l’ensemble formé par ces effigies et les œuvres “cosmographiques” (comme les a nommées lui-même le sculpteur) qui les entourent. Et cette beauté-là, à
quoi renvoie-t-elle ? A quel Godot, présent et absent, à quel Godot qui se dissimule et sans cesse s’esquive dans les formes multiples et magnifiques que Zoritchak insuffle au verre ? A quel Godot recherché inlassablement depuis ses premières œuvres et que déjà guettait dans le ciel l’enfant qui passait des nuits entières à scruter les étoiles ?


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